À cet homophobe marocain ou d’ailleurs

À cet homophobe marocain ou d’ailleurs

Par Soufiane Hennani

Le Maroc a connu une vague d’outing féroce, sur les réseaux sociaux.

Initiée par une personne de la communauté LGBTQI+.

Cet.te, influenceur.s.e. a incité ses followers (grand public) à se rendre sur les plateformes de rencontre LGBTQI+ et à découvrir qui de leurs proches y était. Des photos et des messages privés ont alors été publiés sur les réseaux sociaux créant des drames familiaux en plein confinement et poussant un jeune au suicide.

À cet homophobe marocain ou d’ailleurs.

M’adresser à toi est l’une des dernières choses qui me passait par la tête. Je t’ai longtemps ignoré. Je vis sans calculer ton existence. J’ai très tôt compris que mon temps était beaucoup trop précieux pour le gâcher à t’expliquer ce que je suis. Ce qui je suis. Ce que je ressens. Ce que j’aime ou ce que je n’aime pas. Moi, tu ne m’as pas eu et tu ne m’auras jamais. Tu n’auras même pas ma haine car te haïr me demanderait beaucoup d’énergie. Cette énergie que je garde volontiers pour ceux que j’aime. Si je choisis de t’écrire aujourd’hui, c’est parce que tu es allé trop loin cet avril 2020 quand tu t’es permis de violer l’intimité des miens et de les sortir de leur zone de confort, là où ils sont allés se réfugier du mépris et de la vilénie des gens comme toi.

Mais malgré ma colère, je ne te souhaite même pas que quelqu’un s’incruste chez toi, tout au fond de ton intimité. Qu’il étale ton linge sale, aussi sale probablement que ce que tu penses de nous. Cela t’arrivera un jour. Ce jour-là, et seulement ce jour là, tu comprendras la gravité de tes actes.

Moi aussi, j’ai eu dix-sept ans un jour et je sais ce que c’est de vivre l’intimidation à cet âge-là. Ce que c’est de vivre la haine, la discrimination, l’homophobie sous toutes ses formes : scolaire, familiale, digitale, celle exprimée et celle non exprimée. Exactement la même que subissent ces jeunes dont tu t’es moqué sur les réseaux sociaux, que tu t’es amusé à outer. J’aurais pu m’adresser à tes victimes, mais je me suis rapidement rendu compte qu’ils sont tout sauf des victimes. Ce sont des survivants. Et s’il y a une victime dans cette histoire, ce serait bien toi. Victime de ta haine, de ton ignorance, de ta stupidité. J’ai compris, contrairement à toi, que je n’ai rien à leur apprendre, rien à leur reprocher. Ils sont ce qu’ils sont. Responsables, lucides, sincères. Ils vivent. Ils aiment. Ils s’aiment. Mais toi, à cause de tes souffrances les plus profondes, de tes problèmes d’identité (sexuelle ?), de ta fausse virilité… tu as décidé de leur pourrir la vie. Avec tes clics, tes like et tes screenshot, tu as fait beaucoup de mal. Tu as brisé des vies, déchiré des familles, compromis des avenirs.

J’aurais pu choisir de croire en ta bonne foi et t’expliquer le b.a.-ba de la question LGBT, le A plus B de l’humanisme, de la tolérance et même de ta religion. Mais je sais que tu sais tout cela. Tu sais que l’homosexualité n’est pas une maladie, car si c’était une maladie, elle ne serait pas criminalisée. Toi, qui passes des heures et des heures à jouer au voyeur sur nos espaces de rencontre, je t’invite à les quitter d’abord. Puis à aller ouvrir une page Google. Là où tu as l’habitude de taper hard sex, femme soumise, xxx… je t’invite à taper à leur place : « L’homosexualité est-elle une maladie ? Est-elle un crime ? Est-elle un péché ? » Tu liras et tu comprendras, peut-être ou peut-être pas. Car vous les homophobes, vous avez cette espèce de membrane qui vous sépare de la réalité, qui vous aveugle, qui vous rend allergiques à la liberté de l’autre. Non, je ne te déteste pas et même si je te détestais un jour, je ne serais ni cruel ni inhumain. Car contrairement à toi, je ne connais qu’une arme : le vivre-ensemble. Même avec toi. Homophobe comme tu es, tu ne peux qu’être également sexiste, misogyne, raciste, xénophobe… Bref, tout sauf quelqu’un d’humaniste.

Toi qui d’habitude débites ton venin et tes idioties sur les terrasses de cafés que tu encombres à longueur de journée, ta parole a pris une autre dimension sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, tu appelles à la haine et au crime collectif. « Ils se multiplient, tuez les ! Ils sont plus dangereux que le COVID-19. À cause d’eux, nous vivons des catastrophes naturelles. Dieu nous punit ! » Je les entends ces réflexions moyenâgeuses que tu déblatères avec tes semblables. Et toi ? Qui te punira pour tes péchés ?

Avant de te parler de l’homosexualité, qui a été « dépathologisée » en 1990 par l’OMS, dis-moi ce que tu connais de la santé mentale. Et sans te parler de tous ces pays qui ont dépénalisé l’homosexualité depuis des lustres, dis-moi ce que tu sais des lois de ton propre pays, à part ces quelques articles liberticides auxquels tu tiens, tant qu’ils t’arrangent.

Parlons de ta religion : de quand date ta dernière mise à jour ? Connais-tu Fatéma Mernissi, Asma Lamrabet, Oulfa Youssof et toutes ces femmes brillantes qui ont consacré leur oeuvre à un Islam de lumière. Non, toi tu préfères les prédicateurs, les bigots les plus bilieux, ceux qui ne voient Dieu que dans les tombes.

Je suis navré de t’annoncer, de vous annoncer, qu’une révolution est en route. Toute une génération QUEER est en train de se révolter. Bientôt, vous n’aurez d’autres choix que de composer avec nous. Notre révolution sera une farandole, une danse, des mots, un dessin…

Quand ce jeune de dix-sept ans, que tu as humilié, grandira, il n’oubliera pas ses photos publiées contre son gré, une nuit de 13 avril 2020. Il n’oubliera pas tes mots blessants, tes insultes vulgaires. Ce jour là sera son 17 mai (Journée de lutte contre les LGBT-phobie dans le monde). Face à la haine, il partagera de l’amour. Il te regardera en face et exigera le respect. Un jour, tu seras vieux et seul. Tu mourras et dans cet au-delà que tu imagineras acquis, grâce à ta haine de nous, tu trouveras probablement un dieu qui t’expliquera qu’il n’est pas ce que tu croyais !

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