La mixité sociale dans l’espace, par Khadija Karibi

La mixité urbaine dans l’espace / Diversity in Urban Spaces

Par / by Khadija Karibi

Khadija Karibi se concentre sur la notion de mixité urbaine sociale et fonctionnelle.

La mixité urbaine en tant que principe opératoire ne date que des années 1980 en France et 1970 dans les pays anglo-saxons. Au Maroc, elle vient juste d’être intégrée dans le nouveau projet du code de l’urbanisme. Néanmoins, la mixité urbaine demeure une notion non encore définie, elle ne l’est qu’à travers ses postulats. Pour faire court, la principale manifestation de la mixité urbaine est la présence effective et simultanée des groupes sociaux différents et des fonctions diversifiés dans un espace donné. Mais l’instauration de la mixité n’est pas évidente. Au moment où des facteurs contribuent à son déploiement, d’autres mécanismes la maîtrisent.

La mixité urbaine est à la fois une vision idéaliste, car elle nous renvoie notre propre projection subjective des anciennes cités, et idéologique, dans la mesure où elle recourt au discours sur la mixité pour l’euphémisation de certaines problématiques sociales. C’est une réaction plutôt nostalgique et politique au moment des crises urbaines. Toutefois, ce principe a le mérite de constituer un axe mobilisateur et stimulateur de questionnement permanent.

Depuis la période coloniale, la ville marocaine est traversée par un partage social et spatial de l’espace que les grands chantiers urbains ouverts depuis l’indépendance semblent entériner donnant lieu à des espaces de plus en plus polarisés et un repli sur soi quasi-généralisé.

Pour ce, nous pensons que la ville doit être au cœur des questions de la société marocaine et que le  chercheur a un rôle social à jouer dans ce sens, et ce au vu de la thématisation sociale et fonctionnelle de plus en plus prononcée de la ville marocaine et des conséquences qui en découlent de manière directe ou indirecte.

Dans un modèle urbain marqué par une répartition thématique de la ville en zones différenciées socialement et fonctionnellement, les espaces publics semblent être les mieux prédisposés à transcender ce partage social et spatial pour une mixité des populations et des fonctions.

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Khadija Karibi focuses on the idea of diversity in urban spaces, both in terms of who uses the spaces and how the spaces are used.

Diversity as a fundamental principal is fairly recent, dating back to the 1980s in France and the 1970s in North America and the United Kingdom. In Morocco, it’s just starting to be integrated in the new urban development plans. But social diversity remains an ill-defined idea, only really understood by those who advocate for it. In short, the primary manifestation of urban diversity is the simultaneous presence of different social groups using a given space in different ways. But how to facilitate and maintain such diversity is not obvious. Right when certain factors help make it possible, others hinder its advancement.

Diversity in cities is at once an idealist’s vision in that it reflects back to us nostalgic ideas of the ancient city, and ideological, in that it conjures dialogue on diversity as euphemism for certain social issues. It’s a rather nostalgic and political reaction to an era of urban crises. Still, the principle is like an axis to mobilize around, instigating further study on so many relevant social issues.

Since the era of French colonialism, Moroccan cities have been marked by divisions of social and physical space that post-independence urban development projects seem to promote, giving rise to increasingly polarized spaces and an individualism that is almost omnipresent.

That is why we believe that the city must be at the heart of our questions about Moroccan society and that its scholars have an important role to play, especially as urban spaces in Morocco become increasingly divided by their function and the people who frequent them. And the consequences of how this space is used or disused are both direct and indirect.

In an urban model defined by the systematic division of the city based on the use and users of space, public spaces seem to be the best suited to defy such separation, allowing room for a diversity of functions––and a diversity of people.

English translation by Anna Mitchell

Les avis des participants

« Une présentation très riche en informations, avec une bonne interactivité et un débat intéressant. »

« Un cours illustré d’images et d’exemples concrets. »

« Un sujet très important qui nous a permis d’apprendre beaucoup de choses nouvelles. »

Les points clefs

  • Quelle politique de la ville lie cohésion sociale, urbanité et démocratie ?
  • Quel rapport entre espace public et identité de la ville ?
  • Quel droit à la ville et pour qui ?
  • Quelles conditions pour une construction de la mixité urbaine ?

Téléchargez le cours ici.

Khadija Karibi

Architecte et docteure en géographie urbaine de l’Université Mohammed V – Rabat, elle enseigne à l’École nationale d’architecture de Rabat et est spécialiste des questions de politique urbaine et de l’espace public dans la ville de Rabat. Elle étudie comment se déploie, se construit et évolue la mixité urbaine dans les espaces géographiques. Elle aborde la question de la mixité sociale et de l’égalité des chances par le prisme de l’urbanisme et des politiques d’inclusion et d’exclusion de la ville. Elle est l’auteure de La mixité urbaine et l’espace public à Rabat (L’Harmattan, 2015) et de « Migrants subsahariens à Rabat, une entrée spatiale : l’épreuve des espaces publics », in Migrants au Maroc, ss. dir. de Nadia Khrouz et Nazarena Lanza, Centre Jacques Berque, 2015.

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An architect with a doctorate in urban geography from Mohammed V University in Rabat, Khadija Karibi teaches at the National School of Architecture in Rabat and specializes in urban politics and debates over public space in the city of Rabat. She studies how to institute, construct and transform social diversity in different geographic areas. She takes on the question of social diversity and equal opportunity through the lens of urbanism and politics of inclusion and exclusion in cities. She is the author of Diversity and Public Space in Rabat (L’Harmattan, 2015) and “Sub-Saharan Migrants in Rabat, Space, and Place: The Challenge of Public Spaces,” in Migrants in Morocco, ss. dir. de Nadia Khrouz and Nazarena Lanza, Jacques Berque Center, 2015.

English translation by Anna Mitchell

Pour aller plus loin

Jacobs, J., 2012. Déclin et survie des grandes villes américaines. Eupalinos, Parenthèses.

Une analyse de la ville contemporaine, qui se concentre sur les grandes questions urbaines actuelles (sécurité, espaces verts, grands ensembles…) et s’intéresse au vécu des habitants, en étudiant la manière dont ils ressentent leur quotidien.

Rachik, A., 1995. Ville et pouvoirs au Maroc. Afrique-Orient, Casablanca.

Une étude de l’enjeu politique de la ville qui, depuis les émeutes des années 80, est devenue l’objet de conflits et de négociations entre de nombreux acteurs.

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